“Making Spaces” Essay by Daniel Santiago Sáenz Tabares on “Toxic” @ FOFA Gallery

Shawn Christopher Toxic (2016), FOFA Gallery, Making Spaces -Concordia University, Undergraduate Student Exhibition Catalogue Essay 

English Follows…

Artiste : Shawn Christopher

Œuvre : Toxic (2016)

Texte : Daniel Santiago Sáenz Tabares

 

« L’amour qui si vite s’empare d’un cœur tendre, éprit celui-ci du beau corps qui m’a été enlevé ; souvenir qui m’est encore pénible. L’amour qui ne permet point à l’aimé de ne pas aimer, m’éprit pour celui-ci d’une passion si forte que maintenant même, comme tu le vois, elle ne m’abandonne point. L’amour nous conduisit à une même mort. »

(Dante, L’Enfer, chant cinquième, versets 100 à 106) [1]

Dans le poème épique de Dante, l’amour qui unit Francesca et Paolo les mène ultimement dans le deuxième cercle de l’enfer. En revanche, cet amour survit à la mort des deux héros et se perpétue dans le royaume infernal tel que le conçoit l’écrivain florentin. D’une beauté envoûtante, le chant met en scène l’éternel tango que dansent l’amour et la mort ou, comme les appelaient les Grecs, Éros et Thanatos. Toxic [« toxique »], l’installation de Shawn Christopher, revêt l’aspect d’un amoncellement de corps faits de céramique. Des plus dramatiques, l’œuvre amorce une exploration de la dimension inexprimable de l’altérité sexuelle.

Au premier regard, les formes plurielles façonnées par l’artiste peuvent paraître grotesques, déjetées. Elles témoignent cependant du travail d’expérimentation de Christopher et des techniques de glaçure qu’il privilégie dans sa quête de la source d’humanité alimentant tout corps humain. Toxic propose une expérience à vivre en trois temps. Vu l’unicité de chaque sculpture céramique, il y a d’abord la trajectoire individuelle. En effet, comme le créateur donne libre cours à l’argile et à son état d’esprit pour décider de l’allure finale des figurines, chacune d’elles se distingue par son individualité.

Reposant à même le sol, disposés avec minutie, les corps se mêlent dans un chaos organisé. Désespérés, certains personnages cherchent à fuir et tendent les bras vers nous. D’autres s’enfoncent inexorablement. Mais tous, jusqu’au dernier, sont aux prises avec la même expérience somatique bouleversante. Toxic traite également de la sexualité vécue, pratique commune et cependant bigarrée. De fait, queer ne revêt pas un caractère monolithique : chaque membre de la communauté queer vit et exprime ses désirs à sa manière. Le monceau de corps évoque tant la complicité queer que la tendance actuelle à se composer une famille par choix. Dans un univers hétéronormé, cet esprit de solidarité réunit les protagonistes dans une véritable fratrie.

Une deuxième lecture de l’installation nous entraîne dans la réalité du VIH/sida. L’argile dont est faite l’œuvre incorpore divers métaux toxiques – ils lui confèrent sa riche nuance noire. Une exposition continue à ces substances pourrait provoquer un empoisonnement. Voilà qui n’est pas sans rappeler la toxicité des médicaments contre le VIH et, partant, la danse macabre de l’amour avec la mort, d’Éros avec Thanatos.

Mourir de s’être exposé au risque… Cette sentence, les homosexuels ont maintenant l’habitude de l’entendre. Leur sexualité n’est-elle pas depuis longtemps associée à la transmission du VIH? Nous avons entendu le récit de ceux qui ont survécu à l’épidémie. Nous avons lu And The Band Played On (1987) et The Crisis of Desire (1999). Nous avons grandi en sachant que baiser nous plaçait en état de totale vulnérabilité — ici, nouvelle intervention d’Éros et de Thanatos. Rien d’étonnant, dès lors, que des personnes vivant avec le VIH/sida soient souvent ostracisées ou « altérisées ». Qui sait, les matières et les nuances propres à l’œuvre d’art font peut-être référence à la place d’une population séropositive au sein d’une société qui discrimine des êtres humains selon qu’ils sont ou non porteurs du VIH, qui considère « sains » ceux qui n’ont pas contracté le virus et qui juge « sales et impurs » ceux qui en sont atteints.

Christopher encourage le spectateur à affronter les peurs et les angoisses que suscite chez lui l’idée de la mort ou de la maladie. Il l’invite en outre à dissocier être queer d’une culpabilité stigmatisante transmise au fil des générations. Au cœur du pas de deux qu’esquissent Éros et Thanatos, l’artiste accueille sexualités et corps hors-norme et les présente à la lumière d’une création célébrant tant la beauté que la diversité.

Note

[1] Robert Pinsky, trans., The Inferno of Dante: A New Verse Translation, Bilingual Edition (New York: Farrar, Strauss and Giroux, 1994), 41.

Text: Daniel Santiago Sáenz Tabares

“Love, which in gentle hearts is quickly born, / Seized him for my fair body—which, in a fierce / Manner that still torments my soul, was torn / Ultimately away from me. Love, which absolves / None who are loved from loving, made my heart burn / With joy so strong that as you see it cleaves / Still to him, here. Love gave us both one death.”

(Dante’s Inferno, canto 5, vv.100 – 106) [1]

In Dante’s epic poem Inferno, Francesca and Paolo’s love ultimately leads them both to the second circle of Hell. Their love, however, outlives their deaths and remains alive in Dante’s conception of hell. This hauntingly-beautiful canto speaks to a never-ending tango between eros and thanatos, love and death. Shawn Christopher’s installation Toxic, a dramatic pile of ceramic bodies, creates a space for the exploration of the ineffable dimension of sexual otherness.

At a first glance, Christopher’s diverse forms may appear grotesque and distorted, testament to the artist’s experimental gestures and glazing techniques, as he explores what it is that gives human bodies their humanness. Christopher’s installation represents three different levels of experience. First, the individual experience, for every single ceramic form is unique. Because Christopher lets the clay and his current mood dictate the sculpture’s formation, each figure acquires a certain individuality.

The figures are placed on the floor, in a precise and yet chaotic fashion, bodies touching bodies, some reaching out as if trying to escape in despair, some going deeper into the pile, but all engaged in this shared and overwhelming somatic experience. Here, Toxic speaks to a communal, yet multi-layered, experience of sexuality. Queerness is not a monolithic experience, for every queer person experiences and expresses their desires differently. Yet this communal piling of bodies is reminiscent of a queer complicity and tendency to build families of choice, and a sense of solidarity that makes us siblings in a heteronormative world.

Another reading involves the experience of HIV/AIDS. Though the toxic nature of the artwork’s clay material may become poisonous through continuous exposure, these metals are also what give the clay its beautiful black colouring, reminiscent of the toxicity of HIV medication. Love and death, eros and thanatos.

To die of exposure is something that gay men have grown accustomed to hearing, since our sexuality has, for a long time, been associated with the transmission of HIV. We have heard stories from those who survived the plague, we have read And The Band Played On (1987) and The Crisis of Desire (1999), and we grew up knowing that when we fuck, we are at our most vulnerable. Eros and thanatos, again. It is little surprise that people living with HIV/AIDS are often ostracized and othered. Perhaps the artwork’s distinctive colouring and material refers to living with HIV in a society that discriminates against bodies based on their HIV status, wherein those without the virus are considered ‘clean’ while those suffering from it are considered dirty and impure.

Christopher invites viewers to face their fears and anxieties surrounding death and disease, but also to dissociate queer sexuality from the stigmatic guilt passed down through generations. In the middle of the dance between eros and thanatos, the artist creates a space for non-conforming sexualities and bodies and showcases them as part of a beautiful manifold creation.

Note

[1] Robert Pinsky, trans., The Inferno of Dante: A New Verse Translation, Bilingual Edition (New York: Farrar, Strauss and Giroux, 1994), 41.

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